Art initiatique

“ART  MARTIAL – ART  INITIATIQUE”

Avant que d’être un art au sens commun du terme, “l’Art Martial” est d’abord une pratique, d’attaque, de défense (par définition martiale), ou de nécessité vitale, de subsistance (la chasse).

La nécessité d’objectiver l’image que l’on a de sa personne, entraîne le combattant et/ou le chasseur à se préparer à lutter, à se projeter parfois virtuellement dans ces situations. Dès lors se fait jour la nécessité de s’entraîner, non seulement pour s’améliorer, tout au moins pour se maintenir en condition de performance optimale. D’où l’idée de compétition où l’évaluation quantifie et qualifie prouesses et compétences.

Comme toute  pratique, qu’elle soit physique ou mentale, le summum de l’accomplissement donne à penser qu’il y a au-delà de la force  primaire et des réflexes conditionnés par les circonstances triviales : une autre dimension de « l’humanitude ». On atteint alors une élévation d’esprit distanciée du commun.

L’action est transcendée jusqu’au sublime de l’immanence…, jusqu’à n’exister qu’en elle-même, sans autre destination que sa propre révélation. Il en est de même pour les arts dits “martiaux”. Dans ce domaine aussi se révèle l’essence de l’être, sa véritable dimension se fonde dans l’expression pleinement achevée. Toutes choses étant égales par ailleurs, point n’est besoin de compétition égotique pour faire apparaître la vérité ontologique de la chose cachée sous la lettre.

Dans le véritable art qualifié secondairement de “martial”, l’arme n’est plus par destination, vecteur d’agression ou de défense, ni même instrument de hiérarchisation sociale. Elle est le prolongement de vertus profondes en l’être humain, propres à dépasser l’illusion pour susciter l’osmose avec la nature en général, sans que celle de l’individu ne s’y oppose en terme d’altérité.

« Tendre vers l’accomplissement, c’est s’engager sur la Voie initiatique. »

APERÇUS DE LA SPIRITUALITÉ CHINOISE TRADITIONNELLE

Chaque culture a son propre système de pensée, et les enseignements qui correspondent. Cependant, en dépit des différences, on relève ici ou là, plus ou moins de dénominateurs communs au sein d’une humanité plurielle, notamment dans le domaine des codes moraux.

S’agissant des trois principaux modes de pensée que sont: le confucianisme, le taoïsme et le bouddhisme, on s’accorde pour les grouper sous le vocable de “Trois Enseignements”, “trois religions” ou qualifier l’ensemble de “syncrétisme chinois”.

Ces trois enseignements conservent une grande importance dans la Chine contemporaine.

La tradition confucéenne

Elle aurait été établie par Maître Kong (Kongfuzi), philosophe qui vécut entre 551 et 479 av. J.-C., dont les jésuites ont latinisé le nom en Confucius.

Le confucianisme ne correspond pas à la définition de religion, il s’agit plutôt d’une morale sociale. Confucius refuse de questionner les origines ou les fins dernières. Face à la diversité des cultes pré-impériaux, il propose au contraire une pensée unique qui vise précisément à dépasser les conflits de valeurs et à assurer la paix sociale. On comprend l’intérêt d’une telle idéologie dans le processus de construction de l’État. L’Empire des Han (221 avant J.-C. – 206 après J.-C.) fera du confucianisme impérial sa « religion d’État ». 
  Le confucianisme établit un parallèle entre l’ordre du monde et celui de la société. Il transpose les relations familiales en termes cosmiques. L’ordre du monde est garant de celui de la société. La piété filiale, sans laquelle il n’y a pas d’ordre possible, se manifeste par des rites rendus par le fils au père. L’empereur ne rend de rites qu’au Ciel; il est le «fils du Ciel», média sur la Terre de la sagesse d’en haut. Le confucianisme restera jusqu’au XXe siècle une base importante de la conception de l’État. Le premier devoir de l’Empereur étant de confier les fonctions gouvernementales à des personnes dignes de les exercer, les conceptions de Maître Kong ont fondé en droit les attributions de la classe des lettrés; ces derniers sont recrutés après avoir passé des examens très codifiés. La notion de “bon gouvernement” est centrale dans l’Empire du Milieu”!

À lire :

Les classiques confucéens sont rassemblés dans un thésaurus structuré en “Cinq classiques” (le “classique des mutations”; le classique des vers; le “classique des documents”; les annales “des Printemps et des Automnes”; les chroniques de l’État de Lü”) et “Quatre livres” ( le “Classique des Rites” dont sont tirés la “Grande Étude” et “l’Invariable Milieu”; les “Analectes de Confucius”; le “Mencius”).

Le Taoïsme ou la voie du Tao

En parallèle de la doctrine confucéenne qualifiée quelquefois de “stoïcienne”, existe dans la société, une pensée spéculative très différente: le “Taoïsme ». Elle trouve son sens au travers de l’observation de la nature, des cycles et des forces qui l’animent. Le taoïsme apparaît d’une certaine manière comme une mutation structurée du chamanisme, il est fondé sur un ensemble de croyances et de pratiques anciennes issues des cultes populaires. Dans le Taoïsme aucun être divin, aucun thaumaturge, c’est dire la vision dubitative que ses tenants ont de la notion de “Fils du Ciel”, des conceptions confucéennes de l’ordre des choses et de l’intellectualisme des lettrés.

Les taoïstes cherchent à expliquer le monde en transposant leurs perceptions dans le champ symbolique de la spiritualité. La doctrine du “non agir”, concept abscons lié à leur vision des équilibres harmonieux en toute chose, est rapportée à un fondement cosmogonique nommé “Tao”. Le tao est un principe, ou « souffle » fondamental, qui unit deux principes actifs ou passifs à la fois opposés et complémentaires mais concomitants : le yang (pur, élevé, lumineux, relatif au ciel) et le yin (impur, inférieur, opaque, relatif à la terre). Ils sont présents dans l’univers et dans le corps humain, avec une prédominance du yang chez l’homme et du yin chez la femme.

À lire :

Les textes fondamentaux du taoïsme ont été rassemblés en un « canon taoïste » au XVe siècle (1500 ouvrages), parmi les plus marquants on retient de Laozi: le « Dao De Jing » (livre de la Voie et de la Vertu » et le « Zhuangzi ». On retiendra aussi le remarquable ouvrage de Catherine Despeux « Lao Tseu : le guide de l’insondable » (v. chapitre Documents du site)

Bouddhisme « à la chinoise« 

Une “religion” venue d’ailleurs, née en Inde, le bouddhisme se diffuse vers l’Asie centrale et l’actuel Turkestan chinois par la médiation pacifique des moines et des marchands dès le Ier siècle. Mais l’essentiel de la Chine, derrière la grande muraille, reste peu enclin à se couler dans de nouvelles croyances…

Au VIè siècle, le bouddhisme jusqu’alors en faveur dans l’aristocratie, s’étendra à toutes les couches de la société, jusqu’à devenir de fait, « religion d’État ». Le bouddhisme est la première « religion » – au sens occidental du terme – à s’imposer en Chine… Une telle expansion n’est évidemment pas indépendante de transformations plus larges: elle coïncide avec l’émergence d’un nouveau pouvoir fort, celui de la dynastie des Tang. Cependant au Xè siècle, son influence et ses richesses provoqueront une réaction xénophobe d’éradication, sans jamais qu’il disparaisse totalement.

En regard du taoïsme, le bouddhisme présentait des similitudes apparentes, au point d’en être perçu comme une forme particulière de taoïsme. D’ailleurs, le vocabulaire taoïste servit à traduire celui en sanscrit des soutras. Certaines notions se confondirent au point qu’il est parfois impossible de démêler précisément les deux influences.

Parmi les notions de base du bouddhisme, la vacuité de toute chose, l’inconcevabilité de la réalité absolue et l’« impermanence » n’étaient pas sans parenté avec le taoïsme, tandis que le concept de cycle des renaissances et les actions permettant d’y échapper (karma) étaient plus nouveaux, voire choquants pour les Chinois. Une notion tout à fait mineure dans la pensée chinoise, celle de la compassion, fondamentale dans le bouddhisme, elle n’aura pas la même centralité dans la doctrine C’han.

La proximité entre taoïsme et bouddhisme ne cessa jamais ; on les trouve conjointes dans les pratiques populaires. À partir des Song (960-1279), la tendance originelle à l’osmose profonde entre confucianisme, taoïsme et bouddhisme, se généralisera.

À lire

Un ouvrage de référence à retenir : « La Voie du Bambou »de Yen Chan. (v. chapitre « Documents »). Tous les ouvrages de Catherine Despeux sont à lire et à re lire, notamment « Lao Tseu »

Le Chamanisme religion originelle d’un peuple

On entend généralement par chamanisme un ensemble de croyances populaires et de pratiques d’origines très anciennes. Elles intéressent toutes les classes de la société. Le culte des ancêtres (présent en 1700 av. JC.), rendu dans chaque clan aux parents décédés, en est la base. Le panthéon des divinités, se réfère aux forces naturelles. La relation avec le domaine des mystères est régie par les pratiques divinatoires et la géomancie. Tout est conditionné à la loi du dao et contribue, comme l’être humain, à maintenir une harmonie cosmique.

À lire :

Marcel Granet : « La Pensée chinoise ».